Article développé par Bernard PALMIER, dans la revue "Aïkido Magazine" d'octobre 1999 (revue éditée par la FFAAA)

Tentative de clarification de la notion de Kihon-waza

L’expression kihon-waza semble n’apparaître que dans les arts martiaux. Les dictionnaires japonais-rançais consultés ne donnent pas de traduction littérale de cette expression. On trouve séparément les significations suivantes :

Kihon :

  • base, fond, élément, principe, fondement
  • fondamental, rudimentaire, élémentaire, essentiel, principal

Waza :

  • art, technique, tour, prise

Si on se réfère aux sens accordés à chaque terme, on peut traduire kihon-waza par technique de base. Dans cette hypothèse, les kihon-waza désignent simplement les techniques de base de l’Aïkido, ikkyo, shiho nage et irimi nage étant les plus importantes. Si on en reste là, on peut facilement arriver à un consensus et il n’y a pas matière à discussion.

En fait la traduction de kihon par « base » est à nuancer car le sens japonais diffère du sens français. En français, « les bases », c’est ce que l’on fait au début et que l’on abandonne ensuite plus ou moins pour passer à autre chose. En japonais, « les kihon », c’est ce par quoi on doit commencer mais aussi ce à quoi on reviendra sans cesse et que l’on ne pourra jamais réaliser parfaitement. Les kihon sont à la fois le point de départ et l’aboutissement vers lequel on tend.

On peut donc considérer que les kihon désignent les principes structurants de l’Aïkido. L’intégrité, la notion d’irimi, le kokyu sont des exemples de principes qui,au-delà de la connaissance formelle des techniques, donnent du sens à la pratique. La technique, elle, n’est qu’un moyen, un outil, mais l’exécution d’une technique est l’expression de ces principes ; de ce fait la forme et le fond se confondent et la technique devient la forme que prennent les principes. Aussi certaines techniques peuvent-elles être considérées également comme des kihon, tout particulièrement des techniques de base fondamentales telles que ikkyo, shiho nage et irimi nage.

Par ailleurs si on se réfère à l’usage, la notion de kihon-waza ne renvoie pas uniquement à une technique mais plutôt à une situation de travail, c’est à dire à l’exécution d’une technique sur une attaque répertoriée. La nomenclature, en permettant un croisement entre les attaques et les techniques, donne toutes les situations possibles. Celles qui correspondent à l’exécution des techniques de base sur leurs formes d’attaque les plus simples sont les kihon-waza de premier ordre que l’on pourrait considérer comme les « fondamentaux », les « incontournables » de l’Aïkido ; à titre d’exemple on peut citer :

  • shomen uchi ikkyo ( omote/ura )
  • katate dori shiho nage ( omote/ura )
  • shomen uchi irimi nage
  • ryote dori tenchi nage
  • katate ryote dori kokyu ho
  • chudan tsuki kote gaeshi
  • katate dori uchi kaïten nage ( omote/ura )...

Cette liste n’est pas exhaustive et elle est parfaitement discutable.

L’exécution de toute technique doit être finalement l’expression de l’ensemble des principes structurants qui régissent l’Aïkido, mais les kihon-waza sont les situations où l’expression de ces principes est la plus exigeante. Chaque kihonwaza étant plus particulièrement l’illustration d’un ou de plusieurs de ces principes.

Le « centrage » que l’on peut définir comme la capacité à rester unifié dans l’action et organisé à partir de son centre, est un principe fondamental dans l’exécution de n’importe quelle technique. Toutefois, ce principe trouve sa pleine illustration dans des kihon-waza tels que shomen uchi ikkyo omote ou katate dori shiho nage.

Pour un enseignant il s’agit d’être capable de choisir un kihon-waza pour ce qu’il développe de particulier. Il s’agit également de distinguer parmi les différentes façons d’exécuter la technique la forme de référence, la façon la plus directe et la plus simple de réaliser la technique sur l’attaque donnée. Simple ne veut pas dire forcément facile et cette forme est sans doute la plus difficile parce qu’elle est l’expression la plus épurée des principes d’Aïki dans la situation de travail proposée.

Shomen uchi ikkyo omote/henka-waza consiste, entre autres, à exécuter des variations, c’est-à-dire différentes façons de réaliser ikkyo omote sur shomen uchi. Il faut être capable de choisir parmi ces formes celle qui est le plus en rapport avec ce que l’on veut mettre en évidence, compte tenu du niveau d’exigence que l’on a, et d’utiliser soit la forme de référence du kihon-waza, soit une variation qui pourra être la forme de départ d’une progression pédagogique.

Chaque enseignant (voire chaque pratiquant) a sans doute besoin, à un moment ou à un autre, de structurer sa pratique par cette réflexion autour des kihon-waza.

Il serait vain et pas forcément très utile pour autant de vouloir obtenir un consensus technique sur les kihon-waza, les formes de référence et les variations. Il est normal et souhaitable que les techniciens aient des perceptions différentes des kihon-waza et que leurs perceptions évoluent avec l’expérience.

Quoi qu’il en soit, l’échange sur ces aspects peut permettre de tendre vers un « minimum » commun et de s’enrichir mutuellement.

Quelques définitions possibles pour clarifier la notion de kihon-waza

KIHON :

  • principes structurants de l’Aïkido. exemples : intégrité, irimi, kokyu ...
  • techniques de base fondamentales dans la mesure où une technique est laforme que prend un principe. exemples : ikkyo, shiho nage, irimi nage sont également des principes.

WAZA : technique, par extension application technique

  • Les techniques de base : Les principales techniques de projection et d’immobilisation pratiquées en Aïkido dont les techniques fondamentales évoquées ci-dessus.
  • Les variantes (d’une technique de base) : ce sont des façons différentes d’exécuter une technique de base quelle que soit l’attaque. Ces formes sont répertoriées ; elles portent un nom. exemple : ude gaeshi est une variante de kote gaeshi.

KIHON-WAZA : les situations de travail qui permettent la mise en application (par l’exécution des techniques de base sur leurs formes d’attaque les plus simples) des principes structurants de l’Aïkido. Exemples : shomen uchi ikkyo, katate dori shiho nage...

La forme de référence (d’un kihon waza) : c’est la façon la plus directe et la plus simple d’exécuter une technique de base sur une attaque donnée.

Les variations : ce sont les différentes façons de réaliser une technique sur une attaque donnée ; les variations font partie du henka-waza.

 

Bernard PALMIER